THE SERRE DE LA FARE ACTION COMMITTEE

ADDITIONAL ENQUIRY REGARDING A POSTPONED ENGAGEMENT

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(COMITE D’ACTION DE SERRE DE LA FARE

COMPLEMENT D'ENQUETE SUR UN ENGAGEMENT DIFFERE)

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The following is a text (in French) written by Vernon Brisset on the protests in and around the construction of a gigantic dam across a Loire Valley gorge in France in 1989. Simply produced as an agitational pamphlet before the age of mass computerisation it was given to us in badly photocopied form many moons ago; consequently a few sentences were indecipherable and some of the newspaper clippings are missing. No matter, because the pamphlet is one of the very first excellent critiques of the complications involved in eco-protest interpreted from a very aware subversive full-on total revolutionary perspective. The gist of it revolves around a very firm condemnation of all the official eco-organisations involved – especially the local, supposedly rank ‘n’ file, SOS-LV which hitched itself up to the WWF (World Wildlife Fund) and together in all their contradictory, double-dealing, hypocritical ways having “no regard for where [their] money comes from” they pulled in cash from outfits such as car companies like Fiat etc, eager to improve their sales image. Having lost all utopian edge these ecological organisations had become pragmatic wheeler dealers or in the case of the WWF “an ecological multinational” basically supporting strictly capitalist perspectives around the monetarisation of nature (e.g. eco-businesses buying up land to make into nature reserves or for other long term capital investments) as “nature becomes the value sanctuary of world capitalist society”. These official eco organisations who came to dominate the initially spontaneous occupation of the Loire Valley site displayed a permanent contempt for any grass roots (in more ways than one!) local democracy with the “leadership acting like government’s do having a taste for power” guided by a “concept of management” with a “a craze for secrecy” increasingly exercising a downer on all independent initiatives especially eschewing peoples’ assemblies.

More than that, the pamphlet is interesting because it marks the drift from a classic situationist perspective morphing into revolutionary eco critique though still retaining a similar perspective on the uselessness of most work, art, (Vernon refers to SOS-LV activists as “actors”) the moribund left and the obscene “the show must go on” pervasive totalitarianism. It is a text well packed out with quotes from past greats like Moliere, De Musset, Rimbaud, and more recently, Georg Luckacs and Walter Benjamin: an excellent ambience of the learned whilst embracing direct action in relentless day to day self-activity. Basically it is anchored in the milieu of the Encyclopaedia des Nuisances and a fledgling Confederation Paysanne which a former member of the SI – Rene Riesel - was then involved with (Riesel resigned many years later from the Confederation Paysanne as it moved towards an agricultural scientistic nexus it originally regarded as anathema).

One of the ex Os Cangaceiros amusingly gave us a spontaneous snap shot cameo of Vernon Brisset wearing an old peasant’s type smock endlessly chewing on a grass stalk; a delightful description meant in warm appreciation. Vernon in the early 1980s had quite vehemently attacked A Summers with a Thousand Julys which he felt was merely a replicate situ-like fetishisation of banlieu (big estate) mass vandalism that wasn’t really going anywhere. Although this perspective was more or less true of France, right up to – and including - the banlieu riots of 2005, it certainly wasn’t so true of the great UK inner city uprisings of 1981 themselves reflecting in form, if not in content, the massive and widespread wildcat strike of the 1979 Winter of Discontent. In turn, and with reciprocal dialectical twist, the destructive violence of 1981 also influenced the great fury of the miners’ strike of 1984-5.

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COMITE D’ACTION DE

SERRA DE LA FARE

COMPLIMENT D’ENQUETE

SUR UN ENGAGEMENT DIFFERE

HIVER 1990

TOUT CE QU’AVIEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR SERRE DE LA FARE SANS JAMAIS OSER LE DEMANDER

Barrage ou pas? L'imbroglio de Serre de la Fare prospère, tout comme ceux qui l'entretiennent. Une seule chose est certaine,

c'est que le terrain du chantier est toujours occupe; tout le reste est brumeux: tractations en coulisse, calculs politiques,ambitions carriéristes ……..

Le moindre pet de lupin ne mérite pas qu'on lui consacre une somme théologique. Mais il se trouve que Serre de la Fare, aux

antipodes de luttes directes comme Wackersdorf ou Bourg d'lre, est riche d'enseignements quant aux mécanismes de dépossession à l'œuvre dans toutes les régions de l'existence. La régulation démocratique des conflits passe par leur écrêtage. La communauté de lutte balbutiante s'est laissée piétiner par son double social, exhale par "tout le monde".

Il serait bon d ‘enquêter sur le développement, d’ans de telles situations "ouvertes" de conflit, de toute ces processus decontournement qui occultent l'antagonisme et favorisent la conciliation - que ce soit du cote des dominants ou de celui des domines.

Pour les individus modernes, que plus aucune communauté-écran ne préserve du bain social, la remise en cause de ne serait-ce qu'une facette de celui-ci les expose eux mêmes si dangereusement a cette dissolvante critique qu'ils en freinent des le prime abord des quatre.A Serre de la Fare, cette tendance l'a emporte, sana doute a cause de l'interposition entre les opposants et c e qu'ils pouvaient faire de

leur image renvoyée par le miroir de la médiation générale…

Above: Front and Back cover of original pamphlet

La protection des populations contre les inondations ou contre les pénuries d'eau, la lutté contre la pollution et un aménagement équilibre qui prenne en compte la sauvegarde de I’ environnement: tel est le programmé que rappelle l'E.P.A.L.A dans ses grandes lignes.

Aussi I'E.P.A. L.A. réaffirment-il sa volonté de réaliser ce programme, tout en poursuivant une concertation ouverte a toutes les associations en les faisant même participer a la gestion et au contrôlé du fonctionnement du barrage. Mieux, l'E.P.A.L.A. va encore plus loin en demandant la création d'un parc naturel interrégional qui couvrirait les vallées de la Loire, de Allier, du Cher et des autres affluents du fleuve.

Nous comptons fermement. sur une décision de I’ État pour le début 90, affirme Jean Royer qui a rappelé le protocole d'accord signe en février 86 pour I’ aménagement du bassin de la Loire entre I’ État et I'E.P.A.L.A.

Le 0I/I2/89.

COMITE D’ACTION DE SERRE DE LA FARE

Anciennement au:

PONT DE CHADRON – 43370 SOLIGNAC/L.

REPRODUCTION VIVEMENT ENCOURAGEE

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COMPLEMENT D'ENQUETE SUR UN ENGAGEMENT DIFFERE

"Si c'est le malaise dans la civilisation qui suscite la critiqué, aucune époque ne serait mieux disposée a la critique que la nôtre. Pourtant jamais l'impulsion critique n'a été plus encline à se laisser étouffer par de vagues humeurs. La tension entre ce qui veut "critiquer" et ce qui serait "a critiquer" est si énorme que nôtre pensée en devient cent fois plus morose que précise."

Peter Sloterdijk

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Au fil des mois, l'engagement des travaux du barrage de Serre de la Fare sur la haute Loire est diffère. Cet apparent et temporaire succès des opposants est aussi, paradoxalement, une réussite pour les décideurs: ils ont déjà sauve la face en paraissant ne pas céder a la pression populaire; ensuite l'éventuelle réalisation du projet n'est plus débattue qu'entre inities - politiqués, experts, écologistes.

Une manœuvré d'envergure vise à régler ce conflit, dans un sens ou dans un autre, hors de portée de la population. L'affaire du barrage sort peu a peu de la vie des gens sous l'effet a la fois de l'engourdissant routine quotidienne et de la stratégie médiatique et responsable de l'état-major de "SOS - Loire vivante".

Les notes qui suivent essaieront de faire la radiographie de l'étiolement de cette lutte: la pathologie des medias s'est développée dans une opposition peu à peu gangrenée par le souci de valoriser son image. A première vue on pourrait voir dans le ton polémique de cette nouvelle circulaire (I),

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(I) - c f. "ALERTE", "Circulaire publique concernant la prochaine épreuve de force, dans le département de la Haute-Loire entre les aménageurs et les opposants au barrage de Serre de la Fare", le 17/09/89.

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Le dépit que cette lutte n'ait pas été conformé a une optique plus radicale; or, il ne s'agit pas tant de dénigrer ceux qui croient réussir par d'autres moyens que d'évaluer ce pari risque qui consiste a refuser un barrage sans critiquer la société qui le conçoit, dans le but de ne pas effrayer l'opinion, et sans par ailleurs obtenir l'assurance d'une mobilisation affirmée de la population en cas de nécessite. On s'apercevra, chemin faisant, que les moyens engages par ces opposants organises sont de plus en plus calques sur ceux de l'adversaire (présence dans les medias, constitution en groupes de pression politique et scientifique) et par la-même nourrissent la désaffection publique. Ces moyens responsables correspondent de moins en moins au succès initial de l'opposition a cet aménagement parachute du ciel des technocrates.

La lassitude est un des moyens traditionnels par lequel gouverner: les opposants, malgré leur bonne volonté, commencent à en être atteints, mais ils n'ont aussi rien fait pour s'en prémunir. Loin de s'enrichir le refus initial s'est bien au contraire appauvri: sous prétexte d'éviter les divisions, on s'est cantonne au plus petit dénominateur commun, le sentimentalisme d'une Loire vivante (?), sans identifier les forces sociales de l'adversaire, a fortiori sans établir de liens avec d'autres secteurs de la vie sociale en butte a la dépossession. Le refus du barrage n'a pas progresse: ce qui ne se dépasse pas tend à pourrir. Les opposants ont cru camper sur leurs positions alors même que la situation ne restait pas inchangée: le point fort acquis en cat imine par les aménageurs et dans la quasi-indifférence de la plupart des opposants, l'achat presque total des terrains, risque de constituer un à tout capital et irréversible, le projet pouvant des lors revenir comme chez lui.

L'intérêt populaire quant au projet de barrage de Serre de la Fare n'avait cesse de croitre depuis l'enquête d'intérêt publique jusqu'au printemps 1989, quoique de manière relativement peu active. Pour que l'engourdissement quotidien ait fait place a un débat collectif, qu’on retrouvait jusque dans les colonnes du journal local "L' Eveil" sous forme d'un incessant et abondant courrier des lecteurs, il aillait que ce projet provoqua une inquiétude au un refus réelle voir menace ou compromis ce que l'on connaissait comme faisant partie de sa vie même (les gorges de la Loire et les multiples vécus individuels et collectifs promis a être engloutis).

La première manifestation en octobre 1988 au Puy-en-Velay réunit un millier de personnes. Six mois plus tard, ce sont des centaines de personnes qui viennent, chaque dimanche de mars 89, visiter ou saluer l'audace de l'occupation du site du chantier. Entretemps, des milliers de pétitions ont été signées, des autocollants ont fleuri sur les automobiles, 22% des voix se sont portées lors des élections municipales du Puy sur une liste "verte" regroupant des opposants. Et quelques semaines âpres c'est surtout la population locale qui fournit la majorité des 10000 personnes qui défilèrent au Puy, a la fin d'avril 1989.

Mais depuis quelque temps déjà, l'afflux des medias nationaux et étrangers, évoquant un nouveau "Larzac" imposa une image toute faite a ce mouvement croissant qui se cherchait, étonne de sa propre force. Pour les hommes d'Etat aussi il devenait impératif de "calmer les esprits". Brice Lalonde, secrétaire d'Etat a l'Environnement recourut au stratagème sédatif de proposer de nouvelles études: cette affaire devait redevenir un problème de spécialistes, et l'effervescence populaire être plongée sous l'éteignoir. On ne peut malheureusement pas dire que l'opposition écologiste aura eu à cœur de tout mettre en œuvre pour poursuivre le conflit: au lieu de mettre à profit cette pause pour renforcer ses coups, elle se sera volontairement laissé gagner au jeu subtil des médiations démocratiques permettant de confiner le problème.

2.

Commander des études supplémentaires aux conclusions soigneusement pesées et y faire souscrire les parties en présence est la meilleure façon pour l'Etat d'étouffer un débat public qu'il ne contrôlerait pas. Brice Lalonde n'a pas failli a cette règle au printemps 1989 en commandant une réactualisation du rapport Chapon qui avait établi en 1979 la nécessite d'un aménagement intègre de la Loire. Et pour être sur que la question ne progresse pas trop vite, d'autres études parallèles a ce rapport sont aussi attendues sana que l'on puisse savoir bien entendu quelle expertise fera figuré de table de la loi. Une fois le rapport de forces sur place désamorce et mis en veilleuse, on peut a nouveau mettre en compétition toutes les idées sur le problème puisque celle qui avait été la plus mobilisatrice (le rejet pur et simple du barrage) a été ravalée au rang des autres.

Le pouvoir politique met d'autant plus de temps à habiller de faux-semblants la victoire d'un lobby quelconque qu'il y a davantage d'opportunités politiques. Des socialistes en France on peut dire qu'ils se sentent tellement investis de la mission de gérer le statu quo social qu'ils ont élève au rang de qualités, l'indécision et le manque de courage. L'Etat, a ce jeu manipule ouvertement l'opinion parce qu'il est lui-même manipule au gré des influences des lobbies en place (BTP, élus locaux, électorat “vert” etc.…….)

Un E.P.A.L.A. conforte certes mais un E.P.A.L.A.: «II serait normal que I’E.P.A.L.A s’appuie pour certaines actions sur les organismes économiques locaux et les associations spécialisées dans la protection et mise en valeur de la nature » Concilier la protection du patrimomie naturel et maitriser les excès du fleuve, pour Jean Chapon ce n’est pas la quadrature du cercle, c’est possible. Sa conclusion ; il ne faut en aucune manière « passer en force » et la solution réside dans la « concentration » entre toutes les parties. Une position très les parties. Une position très rocardienne en somme. C’est maintenant aux politiques de se mouiller.

On connait déjà les grandes lignes du rapport Chapon réactualise: les orientations prônent de "ne pas faire passer de projet en force" et de s'appuyer principalement sur la concertation avec les organismes économiques locaux et avec les associations de protection de l'Environnement. On y lit aussi la résolution fermé à édifier le barrage du Veurdre (sur l'Allier en amont du confluent avec la Loire), l'encouragement à persévérer dans le projet de Chambonchard (sur le Cher en amont de Montlucon), sans exclure l'étude d'alternatives et une relative prudence a propos de Serre de la Fare, mettant en avant les difficultés d'y substituer des mesures de prévention sure des habitations construites en zones inondables.

L’option tactique qui s'impose actuellement chez les décideurs, est de pratiquer délibérément la désinformation, coup de rumeurs lâchées a bon escient des cabinets de ministère, ces fameuses "sources sures” ces dont parlent les journalistes et qui sont en définitive les plus invérifiables hors de leurs conséquences pratiques. La confusion est soigneusement entretenue, tout comme la division entre sites menaces en espérant d'autant plus jouer les uns contre les autres que leur coordination est informelle et dépourvue de stratégie. Il ne s’agit pas le seulement de machiavélisme propre a L’Etat mais de sa relative faiblesse et de son embarras à tirer son épingle du jeu, a déterminer quelle décision lui serait la plus profitable. Il ne se passe pas de semaine sans qu'il annonce que la décision "finale" est repoussée d'un mois supplémentaire. Il pratique le moratoire sans l'afficher ouvertement et les écologistes s'en contentent visiblement. L'Etat met ainsi à l’épreuve du temps les parties en présence pour évaluer leurs forces respectives.

L'Etat veut recruter des interlocuteurs modèles sur ses propres critères de responsabilité. Les socialistes au pouvoir ne cessent de courtiser les écologistes. C’est dans cette optique que J. Lang, nouveau maire de Blois veut organiser les Etats Généraux de la Loire afin de pouvoir entreprendre sans doute des rapprochements. Parmi les plus audacieux, le nouveau Orléans "rocardien" élu avec des voix écologistes suggère des études supplémentaires concertées avec les écologistes.

Les associations écologistes sont appelées a devenir cogestionairés du bassin de la Loire, peut-être a la façon de la FRAPNA pour le Rhône, qui a accepte le sponsoring de Rhône-Poulenc pour préserver un ilot de vie sauvage dans un sillon rhodanien dévaste. L'Etat et l'EPALA multiplient les offres d'embauche: observatoire de la Loire, parc naturel interrégional ... A l'inverse, des responsables de "SOS - Loire vivante" réclament des pouvoirs publiques l'aide a la création d'entreprises “vertes”.

On connait déjà les grandes lignes du rapport Chapon réactualise: les orientations prônent de "ne pas faire passer de projet en force" et de s'appuyer principalement sur la concertation avec les organismes économiques locaux et avec les associations de protection de l'Environnement. On y lit aussi la résolution fermé à édifier le barrage du Veurdre (sur l'Allier en amont du confluent avec la Loire), l'encouragement à persévérer dans le projet de Chambonchard (sur le Cher en amont de Montlucon), sans exclure l'étude d'alternatives et une relative prudence a propos de Serre de la Fare, mettant en avant les difficultés d'y substituer des mesures de prévention sure des habitations construites en zones inondables.

Loption tactique qui s'impose actuellement chez les décideurs, est de pratiquer libérément la désinformation, coup de rumeurs lâchées a bon escient des cabinets de ministère, ces fameuses "sources sures” ces dont parlent les journalistes et qui sont en définitive les plus invérifiables hors de leurs conséquences pratiques. La confusion est soigneusement entretenue, tout comme la division entre sites menaces en espérant d'autant plus jouer les uns contre les autres que leur coordination est informelle et dépourvue de stratégie. Il ne s’agit pas le seulement de machiavélisme propre a L’Etat mais de sa relative faiblesse et de son embarras à tirer son épingle du jeu, a déterminer quelle cision lui serait la plus profitable. Il ne se passe pas de semaine sans qu'il annonce que la décision "finale" est repoussée d'un mois supplémentaire. Il pratique le moratoire sans l'afficher ouvertement et les écologistes s'en contentent visiblement. L'Etat met ainsi à l’épreuve du temps les parties en présence pour évaluer leurs forces respectives.

L'Etat veut recruter des interlocuteurs modèles sur ses propres critères de responsabilité. Les socialistes au pouvoir ne cessent de courtiser les écologistes. C’est dans cette optique que J. Lang, nouveau maire de Blois veut organiser les Etats Généraux de la Loire afin de pouvoir entreprendre sans doute des rapprochements. Parmi les plus audacieux, le nouveau Orléans "rocardien" élu avec des voix écologistes suggère des études supplémentaires concertées avec les écologistes.

Les associations écologistes sont appelées a devenir cogestionairés du bassin de la Loire, peut-être a la façon de la FRAPNA pour le Rhône, qui a accepte le sponsoring de Rhône-Poulenc pour préserver un ilot de vie sauvage dans un sillon rhodanien dévaste. L'Etat et l'EPALA multiplient les offres d'embauche: observatoire de la Loire, parc naturel interrégional ... A l'inverse, des responsables de "SOS - Loire vivante" réclament des pouvoirs publiques l'aide a la création d'entreprises “vertes”.

Un parc naturel Interrégional

La pression monte donc en conséquence. • Normal • remarque le préfet. – Difficile de rester l'arme au pied quand on nous attaque par ailleurs ", a plaide Jean Royer. Et comme pour mieux aider le gouvernement a passer le mur écologiste, le président de L’ E. P. A.L.A. a sorti son dernier jocker compensatoire. Il propose la création d’un parc naturel interrégionales s’estuaire du fleuve. Il concernerait 300 communes et 360.000 ha. sur plus de 1.000 km !

“La Nouvelle Republique” le 2/3 décembre 1989.

Au nom de “de qui peut encore être sauve” les écologistes sont charges – et se chargent – d’accommoder les désastres présents et avenir. Des maintenant, dans les marchandages politico-technocratiques ou on les invite ils sont amènes, moyennant contreparties, a épouser la cause du réalisme.

Au terme de cette année qui les avait vus en difficulté, les aménageurs auront réussi à rétablir une position de force en imposant cette attente indéterminée.

Apres la suspension des travaux au printemps 1989, l'opposition s'en remit au nouvel échéancier propose par B. Lalonde. Au lieu de forcer la décision définitive d'abandon du projet dans la lancée de la mobilisation croissante, on supputa sur les conclusions éventuellement favorables de ces études complémentaires. Au lieu d'aller de l'avant on commença à attendre comme si avait déjà été obtenu un résultat inespéré dont on puisse se contenter. L'opposition au barrage n'avait des lors plus rien à surenchérir. Le pouvoir ayant réussi à desserrer la pression, il pouvait imposer son propre rythme et jouer sur le pourrissement. L'opposition semblant profiter de cette attente, les partisans du barrage encore nombreux dans la région peuvent utiliser a leur compte la rancœur provoquée par cette situation d'incertitude. Pour beaucoup autour du site menace le désir d'un abandon pur et simple du projet cède le pas progressivement au désir de savoir a quoi s'en tenir quelle qu'en soit l'issue. D'ailleurs, les opposants sont eux-mêmes de plus en plus désorientes: derrière une assurance de façade, vacillent souvent les repères dans le temps qu'ils s'étaient donnes, dans leurs vies individuelles respectives comme dans leur activité collective.

L'opposition n'a pas su garder la véritable initiative et l'intérêt populaire a été égare tout au long de la quête médiatique de ces derniers mois. D'une part plus les medias montent en épingle une contestation, plus celle-ci parait déjà forte en elle -même, et moins chacun ressent sa participation comme indispensable; d'autre part, la relation de complicité dans la lutte s'efface au profit d'une relation entre spectateurs et spécialistes qui défendent en leur nom dans des coups médiatiques leur point de vue suppose sur la préservation des gorges de la Loire et les moyens d’y parvenir. Ce point de vue est nécessairement minimal et car général: les motivations singulières qui s'étaient rencontrées dans le refus initial vécu collectivement, se dissolvent dans un souci illusoire d'efficacité, en un discours fade susceptible de n'effrayer personne et de concilier tout le monde.

L'abus des medias finit par susciter une accoutumance. Un coup médiatique en appelle un autre qui est destine à en parfaire l'effet, tout en poussant dans l'ombre le motif de départ. On met sur pied des actions médiatiques susceptibles d'attirer des fonds de soutien pour financer d'autres coups médiatiques ... et le contenu critique du refus du barrage est de plus en plus obère par la forme affadissante choisie pour en faire la publicité. Dans un monde organise sur le principe de la nouveauté - aussi formelle soit-elle - un conflit qui ne progresse pas commence à faire partie des meubles: les medias d'ailleurs s'y emploient en créant l'impression que le sujet a été cent fois débattu.

Découragement et lassitude se cristallisent chez les gens initialement partie prenante qui, prives de complicité active demeurent relativement peu édifies sur la possibilité de faire pièce collectivement et pratiquement au projet d'aménagement. Entre la révolte sentimentale et la force de la domination qu'on se représente d'ordinaire comme inexorable et subjuguant, aucune médiation de conscience collective n'est venue préciser les enjeux, les moyens d'action. L'opposition au barrage s'est désarmée d'elle-même des moyens de parvenir à ses fins. Ses deux seules lignes de défense (et non plus d'attaque) sont le credo démocratique selon lequel le pouvoir tiendrait compte de la sincérité des arguments avances, et la confiance tout aussi naïve que des centaines d'individus resurgiront du jour au lendemain pour empêcher le soudain début des travaux. Or a l'évidence, les aménageurs une fois la décision prise, voudront faire passer le projet le plus vite possible de l'indécision a l'irréversible, de façon a entériner dans la population le sentiment d'être impuissante a préserver ce qui lui tient a cœur.

BARRAGES

Antoine Waechter a fait, dimanche, a Orléans, une déclaration pour le moins surprenante. Le leader des Verts a affirme qu'il “parait difficile aujourd’hui que le gouvernement passe en force les projets de barrage sur la Loire et le Cher prévus dans le programme de J'EPALA. Je suis très optimiste, a-t-II poursuivi. D'âpres mes Informations, le projet serait gèle pendant dix ans, L 'EPALA pourrait être dissoute et J'Etat reprendre en main le dossier”. A suivre...

"La Nouvelle Republique" le I5 novembre 89.

La confusion entretenue par le manque de perspectives d'opposants trop soucieux d'esquiver le champ politique, tout autant que l'art de la désinformation des aménageurs comme des écologistes - A. Waechter alimentant l'incertitude sans que cela déplaise a l'état-major de "SOS - LV" - ont été le terreau fertile de fausses rumeurs, quant a l'échéance déterminante de l'évacuation du site occupe, par les forces de police.

On pensait début octobre, puis début janvier, voire avril 1990 sans plus d'assurance. Même si cet apparent atténuement peut être mis sur le compte de l'évaluation difficile des implications complexes au niveau politique, social ou même écologique de cette décision, la maitrise des événements et l'effet de surprise constituent la manœuvre d'envergure de l'Etat qui commandera l'issue de La bataille de Serre de la Fare.

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4.

"Par nature le Bourgeois est haïsseur et destructeur de paradis. Quand il aperçoit un beau Domaine, son rêve est de couper les grands arbres, de tarir les sources, de tracer des rues, d'instaurer des boutiques et des urinoirs. Il appelle ca monter une affaire.”

L. Bloy

On ne peut pas être plus soucieux de l'Environnement qu'une société qui le consomme a grande vitesse. Le déficit en pluviométrie de ces derniers mois alarme les responsables. La vocation de Serre de la Fare comme barrage-réservoir s'en trouverait rélégitimée dans l'optique dominante s'il n'apparaissait pas de plus en plus clairement que les barrages actuels non approvisionnes, ne peuvent évidemment pas concilier l'offert la demande en eau, et plus clairement encore, qu'ils ne seront plus que d'un piètre recours a l'avenir, et même dans des conditions normales, face a une demande Qui s'emballe. La société, à défaut de se questionner elle-même questionne l'Environnement comme pour conjurer l'impasse prochaine.

Ce n'est pas un effet de leur grandeur d’âme si les hommes d'Etat multiplient les résolutions sur l'Environnement: la dégradation accélérée de tout ce qui permet la vie met aussi en question le fonctionnement de la machine sociale. L'effet cumulatif de décennies de frénésie capitaliste arrive à grande vitesse sur le devant de la scène. Politiques, scientifiques, journalistes, militants se concertent pour définir des solutions techniques qui laissant intact l'essentiel du fonctionnement social. Taudis qu'on s'inquiète de la qualité de l'eau, on traque l'absentéisme des salaries et on rationalise à l’ extrême la production agricole. Or, c'est bien parce que l'atmosphère est empoisonnée depuis longtemps dans les relations sociales que la contagion s'entend aux éléments naturels.

La pression qu'exerce la société moderne sur le cycle de l'eau est parvenue au point de rupture: sa soif de performances économiques détourne et utilise les éléments naturels afin de poursuivre sa fuite en avant; les vents atmosphériques verbalement rappelés a l'ordre afin de ventiler les pollutions industrielles, les fleuves, quant a eux, au débit déjà bel et bien régule par ordinateur pour diluer les nuisances ...

La société a de plus en plus besoin d'eau et il lui faut de plus en plus de travail pour en obtenir qui ne soit pas empoisonnée. Elle doit désormais prendre en charge une régénération biologique qu'elle rend par ailleurs impossible. En ha ut lieu on parle ouvertement de "limiter la crue des besoins" ("Sud-ouest" du 30/11/89) comme B. La¬londe en avertissait le lobby agricole durant l'été 89. Même convaincus d'avoir a changer rapidement d'optique, les experts ne pourront en rien gérer une dynamique devenue immaitrisable. “Les Assises de L’Eau” organisées dans quelques mois témoignent de la gravite du problème et de l’affolement progressif qui s’empare des “responsables”: les populations anesthésiées par le credo démocratique de la délégation de pouvoir les somment de faire quelque chose, sans qu’elles-mêmes veuillent bien remettre en question leur mode de vie, alors que dans ce domaine comme dans tous les autres, il n’y a pas d’autre moyen d’action que de se soustraire soi et ses conditions d'existence a la domestication et a son chantage. Le bien-être tant promis et vante commence à avoir un gout de rejet.

Le paradigme selon lequel la vie humaine serait plus épanouie grâce a une domestication toujours plus poussée des éléments naturels commence donc, pour ce qui touche à l'eau, à imploser. Ce monde réussit le prodige d'accroitre en même temps l'offre en eau et le sentiment relatif de pénurie. Les besoins en eau s'accroissent de manière exponentielle simultanément a une réduction des réserves d'eau immédiatement potable (pour s'approvisionner on a de plus en plus recours au traitement de l'eau polluée.

Le mode de production capitaliste régit universellement les hommes qui croyaient jusque la s'affranchir grâce a lui de toute limite; mais au bout du compte les pénuries sont ressuscitées: l'existence triviale de l'eau vient contredire son image économique. Le vieux démon du man que ressurgit quand la puissance technique qui a permis d'imaginer toutes les virtualités économiques de l'eau prétend les mettre en œuvre. En Asie soviétique, au temps de Staline, on détourna les fleuves Amou Daria et Sir Daria pour l'irrigation agricole. Il s'ensuivit l'assèchement progressif de la mer d'Aral dans laquelle ils se déversaient et une dissémination de son sel par les vents ce qui réduit la fertilité des terres. Ailleurs a l’heure actuelle, "la multiplication des projets d'irrigation et d'hydro-électricité des trois pays concernant l'Euphrate dépasse, de loin, la capacité du fleuve." ("Le Monde du 14/01/1990)

L'Euphrate de la discorde.

Damas - de notre envoyée speciale

«La fermeture des eaux de L’Euphrate est une mesure sans précédent dons le monde. Aucun usage ni aucun traite international- ne permet a un pays de disposer totalement des eaux d’un fleuve, et la partie turque aurait du tenir compte de ce fait dans la construction du barrage ou le remplir petit a petit. » Ministre syrien de l'irrigation, M. Abdel Rabman Madani, un ingénieur civil ne cache pas son mécontentement devant la décision des autorités turques de retenir pour un mois a partir du samedi 13 janvier afin de permettre la mise en eau du grand barrage Atatürk.

Annonce le 6 décembre et présentée par Ankara comme une nécessite technique, ce qui laisse sceptiques les experts, cette décision ne fait pas l’affaire de la Syrie et da L’Irak, les deux pays concernes en aval, qui ont proteste en vain, Baghdâd essayent, pour sa part, sans succès, de faire réduire a quinze jours cette mesure, jours cette mesure.

Le partage des eaux de l'Euphrate, sans accord international tripartite, est, depuis de nombreuses années, un objet de litige entre les trois pays, qui s'accusent mutuellement d'arrière-pensées politiques quant a l'utilisation des eaux.

"Le Monde", le 14/01/90.

Les modèles agricoles développes évidemment en fonction de leurs effets économiques (mais, tournesol…) ont de tels besoins en eau qu'une pluviométrie normale fait figure a leur égard de sécheresse. L'irrigation a permis des pratiques culturales (hybrides plus exigeants) qui accroissent le besoin d'eau. La productivité supplémentaire obtenue tend à être absorbée par les couts indirects de ce processus incontrôlable (gestion des surplus agricoles, traitement des eaux, endettement, frais financiers, pollutions diverses etc. ...). Comme le dit la "Confédération Paysanne" dans le Sud-ouest, qui réunit les exploitants agricoles hostiles au productivisme, "au lieu d'adapter les productions aux sols et aux climats, on rêve de faire l'inverse."

L'accroissement des besoins non-agricoles est anime de la même démesure: au premier rang vient le lobby nucléaire dont les centrales électriques sont grosses consommatrices. La consommation domestique qui ne compte que pour 15% du total n'est pas en reste: on estime que la consommation de la cote d'Azur augmentera de 50% en trente ans. Les individus des zones modernisées doivent sans cesse laver l'affront d'une vie au-dessus de leurs moyens mais en-dessous de toute dignité. C’est a grande eau (se layer des poussières urbaines, layer leurs uniformes sociaux, arroser pelouses et automobiles...) qu'ils essayent d'atteindre l'éclat spectaculaire du neuf et de la fraicheur que ce monde leur promet tout en les plaçant dans une situation ou aucune souillure ne leur est épargnée.

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5.

"Océan: Masse d'eau occupant à peu prés les deux-tiers d'un monde destine à l'homme - lequel est dépourvu de branchies."

Ambrose Bierce

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La ponction sociale sur le cycle de l'eau est énorme, nourrissant des contre-effets: du fait du pompage agricole pour l'irrigation, des rivières disparaissent, telle la Drome, dans sa partie aval, durant une partie de l'été 1989; des concentrations d'élevage rejettent de telles quantités de déchets (lisier de pore •••) que l'eau des nappes phréatiques nécessite un traitement même pour abreuver ces élevages.

La main-mise sociale sur l'eau c’est aussi assécher les réserves naturelles que constituent les milieux humides (marais, bras secondaires des fleuves •••) et de l'autre cote constituer des réserves par barrage qui accumulent les inconvénients: l'eau stockée en masse dormante s’évapore et se dégrade biologiquement. On éponge et on draine pour disposer d'eau à la demande, en des lieux et a des moments précis. Les lâchers de barrage en amont sont fonction des rythmes de consommation de l'aval: du coup c'est toute la vie fluviale qui se trouve soumise au gré des fluctuations asociales.

L'occupation déséquilibrée de l'espace (concentrations urbaines) impose d'amener l'eau la ou les gens vivent, alors qu'auparavant les gens vivaient la ou il y avait de l'eau. L'eau n'est plus qu'une matière première qui doit intervenir dans le mode de production en temps utile.

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"H20 et l'eau sont devenus des contraires H20 est une sociale des temps modernes, une ressource rare qui demande une gestion technique."

I.llich

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Le cycle de l'eau est brise. L'utilisation sociale est amène à en constituer un de toutes pièces: d'une part l'urbanisation qui rend les sols imperméables, les drainages, l'endiguement des fleuves font que l'eau des précipitations est évacuée vers les océans bien plus vite; d'autre part pour faire face a sa demande la machine sociale doit de plus en plus retenir et emmagasiner l'eau. Elle détient en permanence un volume d'eau socialisée soustraite aux échanges naturels. Cette eau socialisée devient la troisième forme d'eau âpres l'eau salée et l'eau douce, les deux premières s'accroissant au détriment de cette dernière.

L'eau socialisée est à prendre comme un dysfonctionnement global provoque dans le passage de l'eau douce vers l'eau salée. Ce dysfonctionnement n'est pas négligeable puisqu'il concerne cette infime partie de l'eau terrestre qui parcourt entièrement le cycle.

Les besoins du capitalisme moderne en eau apparaissent comme littéralement extra-terrestres des lors qu'ils ne peuvent plus s'accommoder des réseaux hydrographiques naturels et doivent en constituer des artificiels. C es nouveaux réseaux se résument a un gigantesque drainage qui au fur et a mesure que la c consommation s’accélère soutire davantage dans les réserves (pompage dans les nappes phréatiques) assèche les terres, et rejette les eaux usées vers l'océan ou sous forme de vapeur. Tendanciellement, un déficit s'amorce ou les prélèvements deviennent supérieurs aux apports.

A la fois l'eau est la et elle n'est plus la. Elle circule en terre, séparée de la terre. L'eau est partout: dans les milliers de kilomètres de canalisations, sous pression dans les immeubles d'habitation, confinée dans les circuits de chauffage et de refroidissement, minéralisée dans le béton ••• Elle est compartimentée en milieu étanche, privée de filtration et d'échanges organique et minéral.

Son industrie est florissante: il faut la stocker et construire des barrages, la canaliser et desservir les agglomérations et les industries, l’épurer et la traiter. C'est une vaste marche mondiale: on l'estime par exemple à 250 a 300 barrages par an. Mais les difficultés financières des pays du Tiers Monde ont amène l'industrie des barrages, comme une bonne partie du BTP français à se replier sur l'Europe. Ainsi la Compagnie du Bas-Rhône revient sur ses terres d'origine âpres avoir exporte son savoir-faire: le style de pression qu'elle exerce maintenant pour obtenir l'aménagement des Gardons (Laborie •••) est directement le fruit de ses expériences néocoloniales récentes.

D'autre part l'EPALA a décide a l'unanimité (élus écologistes compris c/f "La Tribune" du 02/12/1989) d'entamer les études de Naus¬sac 2 appelé à compenser les erreurs de conception de Jaussac 1.

La ponction sur l'eau est à l'image de la société qui la nécessite. La comme ailleurs les besoins abstraits de cette machine toute entière tournée vers sa propre perpétuation provoquent des dérèglements qui vont s'aggravant.

La timidité des réponses des écologistes qui font croire que la question puisse être résolue par des voies politiques institutionnelles, est scandaleuse eu égard a l'ampleur des problèmes, ne serait-ce que dans ce seul domaine de l'eau. Quant aux révolutionnaires pour qui le développement technique porte par le capitalisme constituerait un legs bénéfique pour l'humanité et serait exempt des tares de l'univers qu'il a produit, leur aveuglement témoigne que leur fidélité a l'Idéologie se soucie peu des faits.

La démesure provoquée dans tous les aspects de la vie par la machine sociale, nécessite son arrêt pur et simple. La frénésie économique attise une socialisation enfiévrée qui est devenue une seconde nature. Pour se réconcilier avec soi-même et avec le fil de l'eau il ne faut plus rien céder aux nécessites de cette machine qui nous broie.

MANANTALI: PROJET MAMMOUTH AU MALI

Le barrage est la mais le liquide manqué

Construit en partie par des Suissses, Manatali, mur de béton dresse en pleine brousse, a déjà coute un milliard de francs. Restera-t-il a jamais inutile?

“La tribune de Geneve”, le 03/01/1989

B. TARDIEU. Dans ce type d'affaires nous sommes face à un gros problème de responsabilité, qui rend indispensable l'expertise. Nom menons aussi tout un travail sur les barrages pathologiques. Il faut trouver des solutions pour certains barrages qui ne fonctionnent pas.

"Le Moniteur"

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"Si Pierre Patte, le premier architecte à concevoir un réseau (qui ne fut pas construit) moderne d'égouts pour Paris en l769 avait aujourd’hui a définir la configuration de la ville contemporaine, il dirait que ses successeurs l'ont bâtie autour des "sanitaires" et des garages en imbriquant la circulation de l'eau et celle des véhicules."

I. Illich

A l'origine, "SOS - Loire Vivante" avait su catalyser le rejet du projet de barrage sans se faire piéger par la problématique des "alternatives" à y substituer. Localement, le seul argument solide des aménageurs est fonction de l'inondation de septembre 1980, sans cesse remise en mémoire, et dont il faudrait mettre les populations définitivement a l'abri grâce a un barrage-écrêter. Intuitivement et malheureusement sans que ca n'ait jamais été ni développe, ni diffuse au prés de la population, le point de vue de "SOS-LV" consistait plutôt a mettre en question le mode de vie qui expose aux crues et autres calamites naturelles. Selon nombre de témoignages d' “anciens” le caractère meurtrier de la crue de 1980 est fonction de la disparition des usages anciens en rapport avec le fleuve. N'importe quelle crue devient meurtrière quand les gens absorbes par leurs taches sociales ne perçoivent plus le fleuve que comme quelque chose d'inoffensif et de banal. Ainsi plus on a accumule d'aménagements et de "sécurité", plus on rend les populations vulnérables a ce qui sort de l'ordinaire.

Un des mérites de “SOS-LV” est d'avoir approfondi la connaissance critique des implications de l'action des hommes sur un fleuve; l'oppose, “SOS-LV” s'est donc peu intéresse aux conséquences de l'action des hommes sur eux-mêmes. Tout se passe avec les écologistes comme si la nature était devenue un sujet social neutre par excellence, un objet de transfert par lequel évoquer timidement la société.

Au cours de l'été 1989, “SOS-LV” prit part a des opérations de sensibilisation sur le problème de l'eau: par la projection d'un excellent diaporama de Monique Coulet sur la mort du Rhône, du fait de l'endiguement, et de l'anéantissement consécutif de la diversité du vivant; par une exposition itinérante très bien faite sur les méfaits du stockage de l'eau par les barrages; enfin par la participation sous l'égide du WWF – World Wildlife Fund – a la “Marche de “l’Eau” le long du fleuve, pour attirer l'attention du public sur l'état de la Loire.

“SOS-LV” est anime d'un esprit de croisade qui cherche à frapper l'opinion sans l'effrayer par l'exposition sans faux-fuyants de ce qu'il faudrait faire. "SOS-LV" n'a pas fait de cette connaissance critique acquise une arme d'agitation sociale qui aurait pu dessiner pour l'inquiétude écologique, diffuse et populaire, l'illustration avec Serre de la Fare d’une façon d’agir - blocage du projet - rompant avec le cauchemar de l'impuissance. Au mieux on veut laisser les gens seuls juges de ce que leur impuissance engendre. “SOS-LV” croit davantage au pouvoir des medias et des cabinets ministériels qu'en l'action des populations concernées. La dérive de “SOS-LV” finira a terme par la prétention de montrer aux officiels son poids politique et sa capacité à garder un public.

Depuis le printemps 1989, la conduite de la lutte s'est infléchie dans un a orientation médiatique et "lisse". La tendance qui gouverne l'association a fait le choix de l'attentisme: issu de conflits provoques par l'OPA des Verts lors du rassemblement européen d'avril 1989, l'état-major actuel pratique le profil base l'occupation du site resté le point le plus avance du défi aux autorités. La préoccupation d'avoir a gérer la notoriété de “SOS-LV” a mené, en sens inverse, a abandonner les réunions d'information et de discussion dans les villages, et a accroitre, par contre, les manifestations a caractère culturel (concerts, exposition de peintures etc.…). La direction de “SOS-LV” prétend que sa manière de taire est la bonne, puisqu'il n'en existerait pas d'autre. Indifférente a l'exemple d'autres luttes, telle que l'opposition aux déchets radioactifs dans les Deux-Sèvres ou la fermeté et la désobéissance collective ont aguerri l'adhésion populaire “SOS-LV” croit pouvoir mobiliser soudainement des certains d’individus avec lesquels elle n’a plus développe de complicité depuis des mois; car elle n'a aucune intuition qu'un rapport de forces puisse avec le temps se dégrader. Au fil des mois, "SOS-LV" s'est dimensionne en lobby ou suffisent un bureau, un téléphone, un ordinateur et un compte-en-banque: la dernière campagne d’affichage fut commandée a un réseau commerciale; la niaiserie du message était sans doute fonction de l'appel au soutien financier le plus large! Les adhérents sont encore convies a des réunions hebdomadaires ou la litanie des questions d’intendance absorbe toute énergie ou des activités de style, “patronage ou amicale": l'opération "nettoyage de la Loire" organisée avec les pécheurs en aval du Puy a réussi le prodige de ne pas dire un mot sur la station d'épuration du district notoirement défaillante, ni sur les tanneries locales qui pratiquent le chantage a l'emploi pour restreindre les dépenses de fonctionnement. Le bulletin d'information, trimestriel, pratique l'autosatisfaction, reflétant l'existence du lobby, qui gère sa sphère d'influence, tout en voisinant avec d'autres lobbies.

NEUVY-BOUIN, UN ANTI-SERRE DE LA FARE ?

Depuis prés de trois ans, l'opposition dans les Deux-Sèvres contre l'enfouissement de déchets radioactifs n'a pas nésite à démontrer sur le terrain force et présence. Sans le secours des medias nationaux inféodes aux nucléocrates, les associations locales ont de longue date anticipe sur l'épreuve de force "finale". Avec humour et détermination la population a été initiée à la désobéissance sociale; la communauté de lutte qui s'y est créée a pris confiance en elle-même. Le I2 Décembre dernier la réplique des opposants a la tentative de l'Etat de prendre possession du terrain convoite a été massive et victorieuse.

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7.

L’orientation stratégique à l'œuvre n'est pas le fruit d'un débat et d'une évaluation collective des possibilités en présence. A aucun moment ni les adhérents -a part des tentatives marginalisées - ni a fortiori les dirigeants n'ont voulu se donner les moyens d'une réflexion collective sur ce qu'il convenait de faire a chaque étape ultérieure. Les statuts qui avaient prévu de tels lieux de discussion ne sont pas respectes. L'état-major de "SOS-LV" se refugie derrière l'inertie de la gestion du court terme pour faire prévaloir l'impossibilité de toute autre attitude que cella de l'attente de la décision de l'Etat. C'est dire si tous, adhérents ou dirigeants se retrouvent pour croire, ou faire croire que le scenario est écrit ailleurs; l'opposition au barrage est restée sous tutelle, la décision de Lalonde d'ajourner les travaux prenant d'ailleurs tout son sens avec le renforcement de cet encadrement:

- On peut faire l'hypothèse raisonnable que "SOS-LV" cherche a ne surtout pas mettre en difficulté ceux qui, au sein de l'appareil d’Etat ont été perçus comme ses allies (Lalonde, Eyraud •••) et qui ont pu poser comme condition, qu'il n’y ait pas de tapage.

- Du fait de l'obsession de son image de marque dans les medias, l'opposition organisée a perdu son autonomie dans ses jugements et dans sa stratégie. Par l'ima¬ge à laquelle elle s'est complaisamment conformée, elle est quasiment surveillée à distance.

- La manipulation des acteurs de "SOS-LV" provient de ce qu'ils sont, en tant qu'individus, très socialises leurs reflexes et leurs manières de se situer dans un conflit ne venant pas d'eux-mêmes mais de l'habitus social ambiant (le consensus). Ceux d'en face, a qui ils ressemblent n'ont donc aucun mal a comprendre le fonctionnement de “SOS-LV” et a anticiper sur ce qu'ils vont faire; ce qui dans une certaine mesure est réversible, les responsables de "SOS-LV" finissant par fonctionner comme des gouvernants, avec le gout du pouvoir que constituent le "sens des responsabilités", la manie du secret.

- D'un cote comme de l'autre, ce sont des gens de même culture urbaine, sociable et consensuel, a la différence des grands conflits locaux passes tels le Larzac, Naussac, ou Plogoff ou deux mondes s'affrontaient, des paysans et des technocrates, sans passerelle des uns aux autres en dehors de la propriété privée et ses intérêts. La nuance est suffisamment sensible pour que les animateurs de “SOS-LV” aient peu à voir avec un Bruguière du Larzac, un Kerloch de Plogoff, ou un Bandon de Naussac. La personnalité des individus parvenus aux postes de responsabilité de "SOS-LV" correspond au mandat d'attendre qu'ils se sont donnes a eux-mêmes, tache d'encadrement pour laquelle ils se sentaient sans doute prédisposes.

- C'est une conception de gestionnaires qui guide la lutte: que le conflit devienne interminable pourrait être, pour ceux qui en tirent partie le signe de sa "sante"; A terme il y aura divergence d'intérêts entre ceux qui dans leurs vies doivent composer avec cette 1utte, et ceux qui se sont installes dedans. Ainsi “SOS-LV” est-il d'ores et déjà hostile, a tout ce qui peut entraver sa gestion de la question. L'état-major se permet de condamner publiquement les initiatives qui n’en référent pas a son autorité, tandis qu'il se réserve le droit de détenir des informations essentielles sur l'evolution de la lutte, parce qu'a ses yeux, les adhérents ou les occupants n'en auraient pas utilité, ou bien d'avoir des entretiens avec l'Administration ou avec la direction de WWF, sans en rendre compte en assemblée.

GRAFFITI SUR AFFICHES AU PUY

S.O.S. Loire Vivante:

« c'est pas nous » !

LE PUY. - Ces temps derniers, des slogans pour la défense de la Loire ont été inscrits, a la peintura rouge, sur les affiches du festival de poésie du Haut-Allier.

L'association S.O.S. Loire Vivante “ regrette que pour defendre la Loire on s'en prenne aux poètes et a ceux qui les aiment”.

Elle affirme qua cas graffiti ne sont pas de son fait et les déplore.

Le profil de ces dirigeants écologistes associatifs, pourtant aux antipodes des militants bolcheviks parvient aux mêmes caractéristiques. Ce qui y est facilite, par l'ambiance informelle de convivialité, c'est l'absence de méfiance. Démunis de détermination sociale particulière qui les lierait par avance (classe, sexe, génération •••) les individus se regroupant pour un motif écologique sont amènes a pratiquer apriori la sympathie et la tolérance. En fait on cultive l'unanimisme de façade avec force niaiseries sentimentales bonnes pour les clampins de base, tout en se ménageant pour sa coterie particulière un point de vue plus élabore sur le despotisme hydraulique.

Le catastrophisme écologiste prête a ses militants une innocence apriori: comment reprocher a quelqu'un de dévoue a sauver la Vie (sauver la Loire) des arrière-pensées pour ses intérêts particuliers. Pourtant, au fil des mois, l'abnégation et le bénévolat ont visiblement rencontre leurs limites: on assiste a des appels du pied de moins en mains feutres pour que la gestion d'une Loire vivante (ou de ses attribuâtes économiques, le tourisme vert…) soute confiée a des gens dont la compétence se serait étoffée au cours de cette lutte. La candeur écologiste est l’exact inverse de machiavélisme bolchevik, mais elle forme une nouvelle machine de guerre politique quoique peu autoritaire, contre l’Independence critique des individus et leurs initiatives autonomes.

Inutile de nous boucher les yeux ou d'attendre une solution miracle. La résolution d'un certain nombre de problèmes important de dégradation de I’ environnement passe aussi par une prise de conscience et des acres individuels. Que ceux qui n'aiment pas nettoyer pensent a ceux qui sont obliges de le faire !

Ce genre d'opération peut, avec de la volonte et des moyens, déboucher a terme sur des créations d'emplois, voire d'entreprises spécialisées, comme c'est déjà le cas dans certains pays. Il serait très souhaitable, pour terminer, que les administrations et les pouvoirs publics impulsent une politique réellement dynamique dans ce domaine, et y affectent des crédits importants, La sécurité des populations concerne également leur sante, et leur sante n'est assurée qu'avec des rivières et une eau de qualité,

S.0.S Leire Vivante

"L'Eveil", le 15/12/89.-


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8.

“Ils vont avaler toutes les saletés de la gloire”

A. Rimbaud

Comme au temps de l'Internationale Communiste ou chaque parti "frère" était parraine par un envoyé de Staline, l'opposition à Serre de la Fare est sous la tutelle d'un envoyé du WWF. Le World Wildlife Fund est une multinationale de l'écologie. C'est une organisation non-gouvernementale qui draine des fonds pour financer des opérations de sauvetage de la nature.

Le développement de la puissance du WWF est significatif d'une époque ou l'écologie devient pragmatique et sans utopie, donnée incontournable des négociations internationales. Au regard de l'écho donne au plan européen a la question de l’aménagement de la Loire par le WWF (ou le Bund en RFA), il y a fort a parier que la décision de l'Etat français est au moins autant fonction des réactions de la population vellave que des pressions internationales pour valoriser au mieux le patrimoine européen ; d’autant que la division européenne du travail accordera au Velay une fonction de réserve récréative – contredisant la vocation de réserve hydraulique défendue par L’EPALA. C’est à ce titre que l’information circule sans doute davantage dans les milieux écologistes allemands que dans le canton de Serre de la Fare, notamment a propos de la récente conclusion des expropriations.

Le WWF n'est pas regardant ni sur l'origine de l'argent ni sur la façon de "sauver la nature". Il peut bien se faire sponsoriser par FIAT au moment du lancement de son modèle "la panda" - le panda étant le symbole du WWF. Quant a préserver la nature, le moyen d'action, sous couvert d'efficacité immédiate- le rachat de zones "naturelles" et leur constitution en réserve-ressemble à s'y méprendre a des investissements capitalistes. L'éco-business du WWF ne recule devant aucune extrémité: dernièrement, il a rachète sur le marche financier des créances dévaluées sur des pays insolvables (Bolivie, Philippines, Pologne •••) pour les convertir en droits de propriété sur des régions entières. La nature devient la valeur-refuge de la société capitaliste mondiale. On se paie sur elle des incohérences sociales. Les relations humaines actuelles, menacées de discrédit, parlent de « nature » comme de leur dernier repère.

La générosité pour le WWF n'est pas sans contrepartie; certains essaient de s'y blanchir, tel un rejeton de la famille Hofman-Laroche propriétaire de la firme chimique suisse qu'on retrouve dans l'affaire de Saveso, qui fut vice-président du WWF international. L'éco-business entre dans ce mouvement général d'actions de charité (Ethiopie, myopathie, Roumanie…..) qui permettre aux du monde modernise de compatir sans rien modifier dans leur propre vie. Le WWF en tant qu'instance de délégation participe directement au renforcement de l'impuissance générale. Ces actions caritatives finissent par être un excellent alibi pour continuer comme si de rien n'était.


Serre de la Fare est une vitrine épatante pour le WWF-France: a l'instar de ses consœurs suisses ou allemandes, cette organisation peut se forger la base militante qui lui manquait jusque la. Enfin cette pénétration en terre vellave n'est pas que militante: depuis que les images des "Crado's" ont supplante dans le cœur des mêmes les siennes, le WWF cherche d'autres débouches pour ses colifichets. Il faudrait avoir l'esprit mal place pour conclure que le WWF ait obtenu une compensation a ses largesses en disposant, pour l'envoi de son catalogue de vente par correspondance, du fichier de “SOS-LV”.

On comprend aisément que le parrainage du WWF ait oriente davantage la lutte dans l'optique du management et du marketing-politique que dans celle de l'agitation sociale. L'envoyé du WWF sur le site, véritable baroudeur de l'écologie, ancien manager en ressources humaines, prototype d'efficacité s'est ainsi déclare convaincu que la lutte a Naussac a été perdue notamment a cause de la politisation, gauchiste de surcroit.

De même, quand les opposants ne sont plus dans l'expectative ou l'incertitude, par exemple lors du dernier épisode, savoureux, de l'affaire de la route du Mézenc, ou le Conseil d'Etat a ordonne l'arrêt de ce chantier légalement scabreux, on reste beaux joueurs: alors que cette décision judiciaire n' a fait que sanctionner la politique du fait accompli du BTP et des élus locaux en n'ordonnant surtout pas sa destruction - un ouvrage public même illégal reste intouchable puisque paye par l'argent public (cf. le pont de l'ile de Ré, les opposants écologistes se sont félicites de cette victoire - il ne restait plus qu'a goudronner la route -. Loin d'eux la pensée de poursuivre l'adversaire momentanément en difficulté et de contester sa souveraineté politique et sociale pourtant prise en défaut. La démocratie occidentale a ainsi cette supériorité sur des formes plus franches de despotisme de rendre les responsables politiques moralement intouchables:

Plus personne ne les croit, leur représentativité fond comme neige au soleil, ils sont complètement inféodes a des cabinets de sous-fifres qui leur prodiguèrent les décisions dont ils feront leur gloire, sur la foi d'un nombre extravagant d'études qu'ils n'ont jamais lues, leur seul souci étant de tenir le gueuler pour tenir la meilleure place dans le show politico-médiatique ; mais on s'abstient, par un mécanisme psychologique ou la résignation le dispute au cynisme, de leur demander des comptes.

L'optimisme inébranlable de "SOS-LV", véritablement drogue par sa notoriété médiatique et sans doute fortifie par des assurances politiques éminemment douteuses, le mène a se prêter de bonne grâce a ce jeu de colin-maillard dans cette situation brumeuse. D' une part l’état-major peut, dans ce climat de rumeurs et de désinformation, conforter sa prééminence sur les adhérents de base en paraissant toujours au fait de la situation, distillant l'information au compte-goutte. Ces responsables doivent toujours paraitre s'en tirer à bon compte avec ces rumeurs changeantes qu'ils ne contrôlent pas. Donc souvent opiner en girouettes. D' autre part, "SOS-LV" La Laisse le processus d'expropriation des terrains suivre son cours comme si en dernier ressort l'inutilité de toutes ces procédures administratives devait être sanctionnée.

Depuis la suspension des travaux, des opposants n'ont cesse de rappeler le danger de ce laisser-faire. Aussi, quand des individus qui ne se sont pas fait connaitre, mais l'ont revendique, ont symboliquement et nuitamment mure l'office notarial qui agissait pour le compte de l'EPALA, l'embarras cause a "SOS¬LV" fut grand. D'autant plus que les medias locaux, quand ils ne l'ont pas étouffe purement et simplement, en ont donne la paternité. Le jeu point positif dans l’affirma fut que "SOS-LV » affirma publiquement ne pas avoir le monopole de cette lutte. Mais l’hostilité aux expropriations n’en fut pas réveillée pour autant.

Chronique d’une prestation annoncé

SERRE DE LA FARE Travaux préliminaires :

les opposant se mobilisent

LE PUY. - Serait-on sur le point de donner les premiers coups de bulldozers sur le site de Serre de la Fare ? la Question vaut d'être posée car depuis ces jours derniers ont apparemment débutes dans les environs immédiates du futur barrage des travaux qui seraient ceux que l’on qualifie généralement de préliminaires et qui permettent notamment l’acheminement des engins.

Ce détail na pas échappe aux responsables de S.O.S. Loire Vivante qui doivent des ce matin, aux aurores, se retrouver a pied d'œuvre. Des prémices qui laissent augurer une partie de bras de fer les écologistes en général, les verts en particuliers, n’ayant jamais renonce à faire échouer le projet.

J.V.

L'état-major de "SOS"': LV" s'était promis de ne rien faire, même a être symbolique, contre les mesures d'expropriation. L'inaction commençait à poser problème, aussi saisirent-ils la première occasion pour s'exhiber au grand complet devant les journalistes. Ainsi, ce matin-la, a des dizaines d'opposants convoques, on ne sut' d'abord rien dire d'autre que: "On attend la presse"! Puis, âpres cette prestation - annoncée' dans l'article ci-dessus - et de lénifiants propos du Maire de Solignac, chacun s'en retourna chez soi, laissant les engins achever un remblayage équivoque •••

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La neurophysiologie, une seule stimulation répétée, sans différence, finit par ne plus stimuler du tout. Une information répétée n'informe plus. Il faut une différence d'information pour faire naitre la prise de conscience, la pensée abstraite, la représentation."

B. Cyrulnik ("Sous le signe du lien", I989, Paris Ed. Hachette.)

Le succès populaire du printemps avait trouve une opposition étonne de sa propre force. La manœuvre de Lalonde d'ajourner les travaux était fort démocratique dans son esprit: au lieu d'envoyer des renforts de CRS, il établit une médiation dans le conflit pour "qu'il ne dégénère pas". Dans les faits cela consistait à empêcher que cette opposition renforcée ne puisse se développer et réaliser de quoi elle serait capable. Les opposants sont restes partages entre le sentiment de la satisfaction d'avoir été une force et celui de la frustration qu'on leur ait coupe l'herbe sous le pied. Leur propre détermination toute neuve est restée suspendue, inemployée. La durée d'une lutte devient difficile a construire dans une ambiance psychologique marquée par un tel décalage. Les gens vivent dans la hantise de l'échéance finale d'une épreuve de force tout en employant le temps qui court vers cela a professer, de moins en moins ardemment, cette opinion éternelle qui en devient irréelle: le refus du barrage. Et c'est bien une hantise que provoque un ennemi aussi fantomatique.

Plus l'attente est longue, plus elle donne raison a ce qu'il y a de pusillanime dans. L’opposition au barrage, et plus cela porte sur le devant de la scène des gens chez qui les grandes assurances ne sont tirées d'aucune expérience. Or un refus moisi dans le sentiment de son bon droit, qui ne cherche pas à engager le combat, reste velléitaire.

Une situation de conflit a ete bloquee qui n’a donc pas pu révéler ses potentialités du moment. La fièvre est suffisamment retombée pour que chacun, a froid, mesure chichement jusqu’ou il est prêt a aller. L'étonnement d'avoir réussi a défier une fois les autorités s'inverse en froid réalisme: on ne se voit plus prêt a tout pour s'opposer a la construction du barrage, qu'on finit d'ailleurs par espérer improbable. On finit par accorder aux hommes d'Etat un jugement raisonne qu'on leur déniait il y a quelques mois.

Les forces éparpillées, opposition organisée en cercles de familiers ou chacun supporte les défauts des autres l'évaluation de l'affrontement n'a plus la même mesure. Le danger est que, la vie "normale" ayant repris ses droits, les individus aient tendance a accorder leurs pensées a leurs actes et se laissent gagner par L'idée qu'un barrage ne vaut pas qu'on y laisse trop de plumes, d'autant qu'on a le sentiment d'avoir déjà beaucoup fait; même si la lutte n'avait pas jus que la déstabilise profondément son confort moral, ses certitudes, sa confiance sociale. On laisse le soin à l'adversaire d’ouvrir les hostilités. On parait camper dans son bon droit pour ne pas être appelé a faire quelque chose de déterminant que l'on discerne mal et que l'on redoute. On s'attend des lors à ce que l'ennemi, trouvant le champ libre d'actions courageuses qui lui seraient opposées, s'enhardisse et finisse par vous mettre à la raison. Cette victoire du Même n'étonnera pas. L'échec de la lutte serait ressenti intérieurement comme suite logique des inconséquences collectives.

Cette lutte, qu'elle réussisse ou qu'elle échoue, n'a, en définitive que faiblement transforme qualitativement les rapports en- (SENTENCE IN COPY ALL MESSED UP) existences respectives. Du fait que l'adversaire s'était provisoirement dérobe, les opposants étaient livres a eux-mêmes. Leurs rapports ne furent alors pas très différents de cc qu'ils sont dans une société qui conçoit barrages et retenues d’eau: indifférence convivialisée, désaccords dramatises, réserve soupçonneuse, rancœur accumulée •••

Tout cela a rempli leur barrage mental relativement inemployé dans le train-train social, le solidifiant encore plus sous cette poussée - enfin il est utilise a plein pour empêcher tout écoulement vers une possible échappée dans leur existence immédiate! Non seulement le refus n'a pas brise de bar¬rage, mais ce que sa faiblesse et sa limitation entrainent, est son renforcement. Bien des membres de “SOS-LV”, et aussi bien des indépendants, se sont de plus en plus "décides" a ne pas changer de vie, a se mettre les poings sur les yeux, et a rester ou repartir ainsi. “SOS-LV” est devenu, de jour en jour, plus clairement une partie sur-intégrée du "système", luttant pour l'intérêt bien compris du "système ". L'évolution de l'association n'est pas le fruit de putschs internes mais de l'inertie sociale, voire de la volonte même des individus.

Quand s’ouvre sous leur première action une sphère publique, cela leur parait, a juste titre, si dangereux pour leur équilibre, qu’ils se dépêchent de se replier, déléguant des spécialistes mieux carsaconnes pour maintenir un ersatz de cette sphère publique abandonnée. On aurait tort de croire dans une société marquée par un tel endiguement des énergies et des passions, qu'un refus partiel puisse, de court-circuit en court-circuit, provoquer une remise en cause. Il ne s'agit que d'une manifestation morale de l'Economie, qui délègue une petite part d'elle-même a la lutte contre ceux de ses méfaits qui la mettent en danger. Bientôt, chaque ville aura son adjoint écologiste charge d'embellir l'image d'une vie par ailleurs insupportable.

Les Opposants s'étaient prépares a une autre situation que celle de l'attente d'une échéance mystérieuse. L'irréalité d'avoir à durer sans savoir jusqu'a quand ni comment, et donc d'avoir à tenir les rôles d'une pièce dont on ne voulait pas écrire le scenario a isole chacun face a l'attente, quitte a ce qu'il se replie ensuite pour convenances personnelles. En effet, les moyens jaques la mis en œuvre – hormis l’occupation et le blocage des travaux préliminaires, qui justement avaient déclenche l'engouement du printemps - ont réussi à provoquer le sentiment diffus chez beaucoup d'individus que l'essentiel se passe ailleurs, et qu'en conséquence ils n'y sont pas impliques.

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IO.

L’insecte sautillant cherche à se réunir, mais ne peut y parvenir."

Jean de la Fontaine

L'occupation a Serre de la Fare a et partagée entre la volonté de préparer un éventuelle épreuve de force - qu'on croyait plus ou moins rapprochée dans le temps et le sentiment de pouvoir disposer librement de son temps dans un endroit effectivement libre de la plupart des contraintes sociales.

"SOS-Loire vivante", initiatrice de l'occupation s'est vite senti déborde par des occupants qu'elle n'a pu contrôler en définitive qu'en s'arrogeant les rênes de l'intendance. Grace aux versements de soutien que "SOS-LV" reçut dans les premières semaine de l'occupation, ainsi que par la vente de matériel assurant sa publicité, l'association pouvait en effet financer la présence d'une quinzaine d'individus, le plus souvent dépourvus de moyens de transport, et ce au fin fond des gorges de la Loire. Le conflit resta toutefois larve entre les gens de “SOS-LV” - habitant Le Puy, ayant famille et situation - et les occupants, majoritairement d'autres régions, jeunes, et ne travaillant pas.

Le débat ouvert dans l'association sur le rôle de l'occupation jusqu'aux décisions finales de l'Etat, sur sa forme requise pour permettre l'ouverture comme lieu de rencontres et d'échanges sans trop favoriser le tourisme, fut vite referme. Les uns auraient voulu un lieu militant sans pouvoir y être eux-mêmes, les autres étaient plus favorables a un lieu convivial sans énoncer le moins du monde ce qu'ils entendaient par la. On en arriva rapidement à ce que "les gens du Puy" demandent des comptes aux occupants qui en auraient trop pris a leur alse. Avec l'affluence des beaux jours et - l'ouverture d'une buvette, la circulation de l'argent, toujours menacée d'être détournée, acheva de dérégler l'enthousiasme du début. Des occupants se chargèrent sur place d'imposer les nouvelles directives explicites: "qui ne travaille pas ne mange pas". Par travail on entendait la construction de nouveaux bâtiments en bois, la tenue de stands sur les marches, l'accueil sur le site. Ceux qui formèrent plus tard le "Comite d'action" se retrouvèrent sur le rejet de toute norme sociale, d'autant plus arbitraire à leurs yeux qu'on n'avait justement pas répondu clairement aux questions qu'ils avaient posées sur la nature de l'occupation.

Les gens du milieu écologiste sent modernes en ceci que, si comme tout le monde ils perçoivent les problèmes, eux font profession d'en alerter leurs contemporains, tout en étant le plus souvent dépourvus du moindre esprit de décision. Ils trainent avec eux une mauvaise conscience due au mode de vie fertile en nuisances dont ils sont à la fois les privilégies et les prisonniers: ils ne tranchent jamais un conflit, ils le contournent. La réponse oblique de l'état-major de “SOS-¬LV” fut d'accepter n'importe qui pourvu qu'il ne nuise pas a. l'image de marque, et que sa passivité soit en accord avec l'attentisme général. Depuis l'ajournèrent des travaux, l'ennemi, en retraite provisoire était devenu invisible, et on se souciait fort peu d'en redessiner le portrait. Par contre l'état-major voulut à toute force maintenir ce flou, en tentant d'interdire la circulation de textes critiques allant plus loin que son corporatisme environnementaliste.

Dans les mois qui ont suivi l'ajournement des travaux et qui furent ceux du plein développement de l'occupation, les individus impliques dans cette aventure collective, hormis quelques heureuses rencontres circonscrites, sont restes curieusement en retrait les uns vis-à-vis des autres. Il n'empêche que le mérite de l'occupation est d'avoir rapproche des gens très désireux de sortir de leur isolement.

Au printemps, un certain nombre de personés s'étaient jointes a l'occupation, qui n'étaient ni "écolos", ni gentilles, ni forcement très socialisées. Elles n'étaient pas la principalement pour la Nature ou uniquement contre le barrage. Elles pensaient d'abord pouvoir vivre la des relations et des émotions impossibles a créer dans la survie sociale citadine ou campagnarde. C'étaient peut-être elles qui avaient le plus a gagner, et donc a perdre a Serre de la Fare; a l'oppose d'un militant investissant une part même énorme de son existence et conforte de la grande certitude: "ce que je fais est bien, même si je m'y prends mal" qui sera presque toujours consolide en cela que sa cause gagne ou perde. Mais ces personnes, attirées par l'occupation, qui ne peuvent se réduire a aucune cause, furent désappointées de trouver si peu de vie “a se mettre sous la dent", tant de reflexes et d’habitudes importes, tout ceci en désespérant de plus en plus d'elles-mêmes sur un tel terrain. La plupart sont parties très vite, tout à fait dégoutées. D'autres sont restées, tentées de combattre “l'état de fait": c'est a dire, outre l'effet de l'inertie générale sur elles-mêmes, les reflexes de masse favorises par le rôle croissant, octroyé au cours de la lutte par l'état-major aux occupants, de soutiers, de bons a tout et a rien selon que les tâches sont "gratifiantes" (bureau, medias) ou pas (coller des affiches, faire nombre quand les militants citadins manquent a l'appel. La présence tendue de ces personnes perturba le ronronnement écologiste de dures questions sociales et existentielles, irréductibles qui devaient le faire éclater ou être rejetées.

La reprise en main de l'occupation par “SOS-LV” s'est faite progressivement a partir de la fin de l'été. L'état-major a exerce fort peu de pressions sur les derniers occupants dont beaucoup ont fini par se considérer quasiment d'eux-mêmes comme des "petits soldats", voire des quasi-salaries. Il est vrai que la psychose entretenue a l'approche d'octobre, de la prochaine épreuve de forces - alors que l'état-major se doutait qu'elle était peu probable - permit d'accélérer l'instrumentalisation de l'occupation. Depuis que la manne du WWF coulait, et que le budget de fonctionnement de “SOS-¬LV” s'enflait, l'argent devenait une obsession: alors qu'il partait dans des projets énormes (la campagne d'affichage publicitaire, voire l'organisation sans suite d'un concert de B. Lavilliers) on le plaignait aux occupants qui fonctionnarises et contrôles, avaient, du coup naturellement tendance a ne plus chercher a maitriser leurs conditions de vie.

Pourtant des occupants avaient tente, par la mise en culture au printemps d'un grand jardin potager, de faire acte d'indépendance et l'état-major de “SOS-LV” l'avait bien compris ainsi, qui n'en souligna jamais l'existence. De fait à l'automne les derniers occupants achetaient souvent les légumes plutôt que de se servir au jardin. En effet, ceux qui s'en étaient le plus occupe étaient partis: ils se comptaient parmi les personnes qui avaient le plus de relief. D'aucunes avaient aussi pense créer un autre foyer de vie. Mais toutes, plus ou moins courageuses et tenaces, se sont retirées, étouffées par l'irréalité de cette occupation devenue "symbolique" - ni lieu de vie, ni lieu de militance -, les conduisant a l'auto-expulsion plus ou moins violente.

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11.

" ••• la violence organisée s'accorde tellement avec les conditions de vie des hommes, ou se présente a eux avec une supériorité apparemment si insurmontable, que ceux-ci l'éprouvent comme une force de la nature ou comme l'environnement nécessaire de leur existence, et par suite se soumettent volontairement a elle (cela ne veut nullement dire qu'ils sont d'accord avec elle).

G. Lukacs

La rationalisation de l'occupation a été facilitée, dans l'intérêt de l'état-major de “SOS-Loire vivante”, par une relative désertion ou se conjuguaient l'avancée des premiers froids et la perspective d'une attente passive, et par l'absence d'autre point de vue stratégique organise et indépendant.

Pourtant, des l'annonce de l'ajournement des travaux, l'intention affichée par l'occupation de ne pas croire un mot de l'intention ministérielle tant que les procédures d'expropriation se poursuivraient, et de se maintenir sur le site du chantier, pouvait laisser augurer de l'élaboration d'une stratégie distincte de celle, officielle de l'association. Courant mai 89, un membre du futur "Comite d'action" proposait dans un long courrier à l'état-major "d'intervenir la ou l'ennemi pense avoir obtenu du répit. Non pas profiter nous aussi d’un demi-succès apparent, mais pour suivre la dynamique sur le terrain qu'on aura choisi parce qu'on sait que l'ennemi y est très faible” puisque " ••• la lettre de Lalonde sert à relâcher la tension quand le camp de l'EPALA est en difficulté" - les décisions majeures définissant l'aménagement de la Loire avaient été cassées par un tribunal administratif, la semaine précédent le rassemblement européen.

Il peut paraitre en effet incohérent de s'être adresse aux dirigeants de l'association pour leur soumettre des propositions alors qu'on pouvait déjà pressentir que leur point de vue modère risquait de s'aggraver avec cette pause offerte par l'Etat. La faiblesse de ce jugement du moment a été provoquée par trois motifs convergents: la priorité donnée alors a un débat interne conduisant a la réorganisation de l'association, contrecarrant la mainmise des "Verts", la désorientation des opposants obtenue par la décision de Lalonde et la difficulté a concevoir la conduite de la lutte sans la pression immédiate de l'ennemi, la faiblesse des forces résolues a tenter de prendre l'avantage, tant au niveau de l'association qu'au niveau de l'occupation ou le passage continuel de "visiteurs" et de rencontres possibles absorbait beaucoup d'attention et d'énergie.

Mais la raison plus fondamentale qui interdit la conversion de ces promesses radicales en stratégie organisée et indépendante, est a chercher dans la trame actuelle des errances individuelles: malgré l'insatisfaction, devant la tournure des événements, de plusieurs individus actifs, aucun regroupement ne s'est constitue en temps opportune Hormis l'image-repoussoir du "groupe" incarnée par "SOS-¬LV", rien ne rapprochait ces opposants: ils ne prenaient intérêt les uns pour les autres qu'en se voyant s'extirper de l'amalgame convivial et attentiste. Les mécanismes d'appartenance et de socialisation sont un tel poison qu'on en reste imprègne et paralyse.

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Le chantage a la division est bien sur le premier obstacle a l'activité autonome; ensuite, le milieu écologiste? parce que peu autoritaire, dispose de puissants rets. Aussi quand le "Comite d'action de Serre de la Fare" parvint a se rassembler, il était trop tard, d'autant plus qu'on persistait a croire qu'on pourrait influer sur “SOS-LV” de l'extérieur. Du coup, la perception des événements a venir en a été obscurcie.

La politique de l'attente de "SOS-LV" n'a pas été comprise suffisamment tôt, ce qui a empêche de la dénoncer directement comme telle auprès de la population. L'erreur est d'avoir identifie le moment décisif! du conflit a l'apparition de la violence d'Etat, a l'heure dite. La psychose de l'expulsion de l'occupation par les forces de l'ordre débordait du seul cadre du "Comité d'action", mais l'état-major de “SOS-LV" disposant de davantage de donnes qui en atténuaient la probabilité, n'en fit rien savoir. Toujours est-il que parmi beaucoup d'adhérents, la détermination à s'opposer coute que coute au projet de barrage, les portrait à se rappeler les méthodes des viticulteurs en colère.

Une opposition irréductible vit sous la menace de la toujours possible violence d'Etat: le plus souvent les gens en arrivent à lui en contester le monopole. Evidemment quiconque le déclare ouvertement, dans cette époque marquée par la hantise de la violence ouverte, se désigne de lui-même à l'attention des services compétents en la matière, a la réprobation d'une opinion chloroformée. Mais le bénéfice de cette audace est d'avoir pu reconnaitre les siens.

Again, there follows a paragraph part screwed up in the photocopy

…….convulsions sociales pour régler leurs conflits internes puis restaurer leur pouvoir. Ainsi en Italie, à la fin des années soixante-dix, la puissante contestation sociale ébranla l'option politique alors au pouvoir avant j'être durement réprimée par la nouvelle équipe dirigeante ayant tire les marrons du feu. Pour ce qui nous concerne, toutes proportions gardées, on peut avoir le sentiment de faire œuvre de figuration nécessaire: vraisemblablement cette affaire du barrage se négocie au plus haut niveau, entre racketts politiques et lobbies écologistes internationaux, et l'opposition populaire finit par ne plus avoir qu'un rôle d'appointi quant au "Comite d'action", il campe le rôle bien délimite et personnalise, d'irréductibles critiques.

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12.

"Nous autres paysans, ne voulons pas de ca; c’est le fait d’éléments étrangers au pays ... "¬Qu’est ce que ca veut dire ?" demandé Ive. “Je connais cette chanson (...); on dit ca toujours quand ca commence a sentir mauvais." Et Hinnerk ricana : "Depuis quand le ver est-il étranger au fromage ?" - "Nous autres paysans ne voulons pas de ca” répéta Hamkens.-"Suis-je étranger au pays ?" demanda Klaus Heim. Hamkens se tut."

Ernst Von Salomon

Le mérite du "Comite d'action" fut de cristalliser, formellement une tendance à l'œuvre dans cette opposition:

- la participation initialement sans arrière-pensées a "SOS-Loire vivante" s'en est extirpée après s’être heurte a une stratégie qui ne voulait pas dire son nom. A cette participation on pourra créditer la plupart des tentatives pour lier Ser¬re de la Fare à d'autres régions colonisées de la vie (collaboration avec la Confédération Paysanne, impulsion donnée au comite lycéen ••). Mais a trop persister à vouloir changer ce qui se révèle être étranger on s'appauvrit soi-même. Les règles minimales d'activité collective sont si peu observées en milieu écologiste, que tôt ou tard, et mieux vaut tôt que tard, une minorité pour rester fidele a elle-même, est amenée à rompre.

- le pressentiment ou le réveil brusque, selon les personnes, de la déception face a la socialisation en milieu écologiste, a l'indifférence convivialisée, aux phénomènes de groupe qui ramènent à l'isolement et ne redonnent certes pas gout à la vie. D'ou un désir renouvèle de critique, et une hostilité tantôt sourde, tantôt violente envers ceux qui nourrissent ce piétinement de l'affectivité.

- la volonté d'agir retrouvée par certains dans l'opposition a Serre de la Fare, désappointée par l'esprit et les moyens mis en œuvre par "SOS-LV".

Les personnes du "Comite d'action" n'étaient unifiées en rien, ni mode de vie commun, ni vision commune Serre-de-la-Farienne. Par contre il y avait accord de fait sur c qu'on ne peut jouir du biotope que si la vie et les relations entre individus sont supportables - les écologistes ne soutenant mécaniquement que l'inverse. Elles ne voulaient pas "perdre leur vie pour gagner Serre de la Fare" - comme les y invite le salarie du WWF -, ni prendre des coups pour les autres alors que “SOS-LV” semblait souhaiter a une époque, sans se compromettre, que le "Comite d'action" devienne d'une manière concertée son bras muscle.

“SOS-LV” fut toujours Hante par la peur de la concurrence - son premier président, membre des Verts, exprimait cette crainte même vis-à-vis de l'occupation! L'apparition du "Comite d'action" l’état major au point de provoquer en lui une attitude quelque peu inconséquente, alternant selon les individus qui le composent, entre des accusations fantasmatiques d'appartenance aux flics, et les tentatives de négociation en sous-main. D'un cote, héritant du stalinisme diffus qui imbibe la société Françaises, “SOS-LV” refuse toute critique et fait le chantage a la division, de l'autre cède a l'esprit boutiquier qui cherche à marchander des parts d'influence.

Quelque soit l’atmosphère empoisonnée qui s’est entretenue autour de l’existence de ce C.A. -tant il est vrai que, loin de vouloir recruter, cette liaison informelle n'a pas offert d'occasion d'agir et s’est montre relativement fermée – des sympathies se sont nouées et entretenues. Ce n’est donc pas une fatalité qu’un point de vue tranche reste isole, et a contrario c'est par lui que l'esprit d'une lutte peut cheminer hors des sunlights des medias. Il est en effet certain que l' “Alerte” diffuse a l'automne voulait, quitte a se faire entendre des "grandes oreilles" de l'Etat, affirmer que cette lutte ne resterait pas isolée et que le moment venu des gens se donneraient les moyens de la faire sortir de l'ornière.

Si la lutte n'a jusqu'a ce jour, pas opéra de saut qualitatif, ni tisse de liens véritablement antagonistes, par contre l'ennemi, organisation politique comme aménageurs, ne s’y est pas trompe qui nourrit déjà la surenchère verbale et pense à criminaliser les irréductibles. L'ennemi s'impatiente bien avant que l'opposition ait commence à l'inquiéter puisque, pour l'essentiel, la "légitimité démocratique" reste indemne de large remise en cause - laquelle est indispensable a une radicalisation. Il se trouve que sur les autres théâtres de lutte anti-aménagements (Deux-Sèvres Laborie ...) ou la résistance est plus déterminée, les élus locaux n'ont pas fait mine de tergiverser: ils se sont vus obliges d'être en première ligne de l'opposition.

Latrine de notre histoire locale

Le bouillant conseiller général de Fay n'v allait pas par quatre chemins. Il fustigeait le mensonge « Jetant volontairement et malhonnêtement lae doute sur nos intentions », la désinformation puisant ses sources dans une certaine forme d'intégrisme. « L 'Ecologie est l'affaire de tous et les premiers écologistes sont peut-être bien ces élus ruraux qui se débattent jour âpres jour pour maintenir la pollution dans nos campagnes « Fustigée encore la calomnie » allons nous laisser rependre Is rumeur que Jacques Barrot et ses amis veulent certains ouvrages dans le département pour toucher des sommes fabuleuses et remplir ainsi leurs poches ou les caisses de leurs partie politiques. Et pourquoi notre assemblée ne commanderait-elle pas justice à ces apprentis âyatollâhs qui se drapent dans la chlorophylle que pour pouvoir baver leur calomnie dans des papiers qui ne sont promis qu’aux latrines de notre histoire locale.

« Nous ne devons avoir honte, ni rougir de nos décisions des lors ou elles ont » prises en conscience et en toute légitimité républicaine. Il s’élevait avec véhémence contre « Les méthodes utiliser par certains les qualifiant de terrorisme intellectuel.

Les opposants à la route il les qualifiait » de saboteurs de l'économie du plateau et du département

"La Tribune", le 26/11/89

IMMOBILISER LA RUCE SOCIALE SERAIT LE PLUS GRAND SACRILEGE !

Le paradoxe peut paraitre singulier mais il est fidele a cette époque: le piétinement en terre vellave est aussi grand que sa notoriété médiatique. Le sentiment d'être progressivement enfermes dans un vase clos, a conduit le C.A. à lancer un appel aux gens de l'extérieur. Apres tout le WWF ne prévoit-¬il pas d'acheminer en cas de besoin des cars d'étudiants? Au fur et à mesure que s'élargit la dépossession et que s'aggrave le désastre, on est substituer à la fois de plus en plus extérieur a ce qui nous est vital, tout en y étant toujours autant lie. La Loire est extérieure aux parisiens, et l'air irrespirable de la capitale l'est tout autant a des conditions d'existence digne. Du fait de la fragmentation de la société française, toute initiative parait plus ou moins abstraite, plus ou moins hors du contexte qui n'est effectivement pas brillant.

La réponse extra-institutionnelle a la décision éventuelle de construire quand même ce barrage, est d'entrée de jeu sociale:

- au plan tactique la souricière de Serre de la Fare reste indéfendable (la topographie des Gorges de la Loire n'est pas celle de Wackersdorf), et l'opposition, si elle veut continuer le combat, sera obligée de le porter ailleurs.

- les écologistes ne peuvent pas rester propriétaires de la lutte, tout comme le C.A. ne pout pas en incarner la radicalisation.

- que ce soit pour un fleuve ou contre I’ enfouissement de déchets radioactifs un peu partout sur le territoire, il faut libérer la question de la survie du carcan que lui ont impose les écologistes, tant au niveau de la parole qu’a celui de l’action.

La situation parait parfois si désespérée, au regard de l'activité débridée des aménageurs - on peut s'en faire chaque semaine une idée en consultant le "Moniteur du Bâtiment-Travaux publics" – qu’a la fois la résistance parait vaine, puisqu’on ne peut se substituer a une population anesthésie, tout comme on ne se refusera pas le dernier - et premier - plaisir de porter les coups qu'on pourra a l'ennemi. A la différence des territoires Hollandais ou Allemand, déjà satures, les zones Espagnole ou Française recèlent encore des espaces libres sur lesquels vont se ruer les aménageurs Européens.

UNE LUTTE DE LONGUE HALEINE: WACKERSDORF

Contre le projet d'un centre de retraitement nucléaire équivalent a celui de la Hague, une opposition a bataille, en RFA, de nombreuses année , sans exclure apriori aucun angle d'attaque: ces tirs croisés (politique, juridique, populaire, assiegement da chantier •••) ont fini par obtenir gain de cause, non sans que l'Etat use de toutes les formes d'intimidation et de violence.

Ceux-ci mettent en coupe réglée la surface terrestre; les écologistes mutilent les révoltes à grands coups de simplifications prétendument efficientes. Ils dis posent jusqu’a présent d'un monopole inentamé (information, documentation, adresses ••) qui les rend incontournables. Pour peu que l'on soit attache à incontournables. Pour peu que l’on soit attache à contribuer à une lutte, on est emmené malgré tout à les subir, le plus brièvement étant le mieux. A défaut de cette lucidité, on est conduit, comme a Serre de la Fare, à s'enliser avec eux dans l'inaction et l'attente, ou toute tentative de réveil tombe à plat. C'est pourquoi le “Comite d’action” ce dissout. Son adresse postale cesse d'être valable à compter de la parution de cette circulaire. Par la les individus associes dans ce "Comite ••• " éphémère - et dont la formation, a-posteriori parait singulièrement présomptueuse - choisissent de se débarrasser du rôle, qu'on leur prêtait, d'activistes sur le qui-vive, donc de ne se substituer libertés aucune énergie défaillante, ce qui leur permet, du coup d'acquérir de nouvelles libertés par rapport a ce qui peut survenir.

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13.

Le parallèle se confirme: entre l'encadrement syndical des conflits de salaries et l’encadrement écologiste des conflits portent sur le cadre de vie. Et, de la même façon, que dans les l'exaspération est projetée sur la limite "externe" du salaire qu'est le pouvoir discrétionnaire du capital, de même, dans les seconds, le mal de survivre les opposants est projeté dans un coup qu'on porte a la nature. Pour les uns, les bureaucrates syndicaux ont la double fonction de monnayer pour les salaries et de server d’indicateurs pour le commandement économique. Pour les autres, offrir une parole tordue a une inquiétude silencieuse et montrer au Léviathan ce qu’il ne peut faire sans se mètre lui-même en danger. Les bureaucrates syndicaux gèrent la conscience historique du prolétariat en vue d’un âge d'émancipation toujours plus improbable. Les écologistes gèrent l’image d’une prise de conscience sans heurts du des autre à l'œuvre. Tous ces cadres veulent initier les populations à des formes de vie supérieures, comme si l'aggravation présente des dépossessions (élévation de la productivité du travail, empoisonnement de l'eau ...) pouvait se trouver sur le chemin d'un monde meilleur! La planète est déjà saccagée, et il faudrait encore avancer à petits pas religieux!

Les medias ont récemment fait frémir les populations occidentales, dans leur récit des événements de Roumanie, avec la rumeur que les sbires de Ceausescu avaient empoisonne l'eau potable de Timisoara; il est vraisemblable qu'aucun écologiste “occidental” n'aura ose publiquement faire le parallèle avec l'eau socialement empoisonnée de plusieurs régions Françaises.

L'appropriation d'une lutte par l'esprit syndical ou l'esprit écologiste de nature les regroupements collectifs en simple appendices ou faire-valoir des organes de concertation et de négociation. L'unité de la lutte est battue en brèche des lors que l'Etat peut sélectionner ses interlocuteurs. Or, lorsqu’un mouvement n'est plus considère comme a Serre de la Fare, qu'en tant que simple moyen, qui peut devenir éventuellement superflu, voire symbolique (l'occupation vidée de son sens a la façon de ces grèves syndicales de vingt-quatre heures servant de marche-pied aux bureaucrates), les potentialités se rabougrissent d'elles-mêmes au point que l'encadrement syndical ou écologiste, âpres avoir fait le vide, est persuade qu'il est a lui tout seul, la lutte.

Malgré la menace permanente du chantage syndical ou écologiste, on n'est guère libre de participer ou non a des conflits qui touchent a notre survie même. L'idée qu'on puisse retirer ses billes présentement de cette affaire, quelque soit le monopole écologiste établi sur cette lutte, va de pair avec la question: "Qu'allait-il faire dans cette galère ?" (Molière) qui finement, des l'origine aurait pressenti la totalité de son déroulement. Cet état d'esprit se retrouve dans l'abdication classique au profit du néant programme ou des responsables fanfaronnant, tout comme dans sa forme inverse, "hyper-radicale" qui encense d'autant plus certaines luttes, qu'il se satisfait de les croire surgies ex-ni¬hilo sans tâtonnement ennuyeux, ni débats laborieux. C'est le même point de vue, en définitive, qui est à l'œuvre quand des écologistes, par exemple veulent ramener une lutte a son image la plus utilisable, ou quand des stratèges en chambre jugent sur un instantané un processus qu'ils n'auront bien entendu, ni les uns ni les autres apprécie dans taus ses possibles.

Une réalité aurait toujours pu être autrement qu'elle n'est: mais c'est ce que l'état-major de “SOS-LV” s'est organise a faire disparaitre: l'escalade médiatique, légaliste et lisse imposée a cette opposition - pour une part malheureusement ravie d'avoir si vite conquis la Une! - la prive de tout filet de sécurité; il lui faut des lors se priver toujours plus d'une opposition reel1e quoique partiellement incontrôlable pour pouvoir monnayer son opposition imaginaire, toujours plus proche du crédit de suffrages des sondages pré-électoraux. Puis que le risque grandit de mois en mois que l'assise sociale du refus, négligée, se soit désagrégée dans le happening médiatique, il faut faire comme si elle n'aurait été, de toute façons que d'un piètre secours face au déploiement du lobbying.

M. Reynaud s’inquiète de voir le barrage de Chambonchard sur le Cher se construire avant Serre de la Fare, et des rumeurs qui courent sur d’autres façons de se prémunir contre les crues. Pour le Préfet Serre de la Fare a été reconnu d’utilité publique, donc il a de l'avance sur Chambonchard. Le problème c'est la suite que le gouvernement veut donner. II est possible que parmi les solutions alternatives, l'enlèvement des digues ait été évoque, Des négociations interministérielles son en cours, et le principe d’un ouvrage protecteur contre les crues semble avoir été prise en considération au ministère de l'Environnèrent. Dissocier ce rôle de celui de soutien de l'étiage serait une décision gouvernementale, qui pourrait, en effet, faire perdre I'avance de deux ans sur Chambonchard, car il faudrait reprendre l'enquête.

"L'Eveil" le 2)/OI/90 (compte-rendu de la réunion du Conseil General de Haute-Loire)

Il est en definitive possible que le barrage ne se fasse pas mais si c’est grâce aux moyens actuellement encore mis en œuvre par “SOS-LV”, cela en dira long sur la relégation des mouvements de révolte au profit des jeux de lobbies !

Si le barrage est construit, on peut être à peu prés certain que ce n'est pas la décision de l'Etat qui aura permis le début du chantier, mais la réaction suscitée par cette agression qui conditionnera cette décision.

La base sociale de refus du barrage dont semble de moins en moins se soucier l'état- major de "SOS-LV" est ce qui risque de lui manquer le plus pour une riposte. Ces premiers travaux, préliminaires et périphériques au site, essouffleront les opposants par des alertes successives, d'autant plus que leur nature et leur finalité seront difficiles à apprécier. Enfin, si les aménageurs disposent d'une multitude de salaries, c'est a l'inverse le salariat de la plupart des opposants qui les gênera pour s'interposer. Sur le terrain, seule la souplesse, l'imagination et la diversité de l'opposition pourraient faire pièce au rouleau compresseur des aménageurs - et c'est précisément elles que “SOS-LV”, dans son pari risque, a laminées !

C’est dans ce contexte, dans celui aussi d’incidents nocturnes survenus la nuit précédente – voir notre numéro date du vendredi 26 janvier 90 – que l’association « SOS Loire Vivante » a tenu, jeudi en début d’après-midi, au café du Loiret au Puy, une conférence de presse.

POURSUITE DE LA LUTTE

L’opposition. La lutte se font sur plusieurs plans. Techniques, scientifiques, juridiques. « mais nous ne sommes pas la pour proposer des solutions alternatives », lançait J.F. Arnould. Et poursuivant : « Nous posons des problèmes, des questions ».

L’EVEIL – Samedi 27 janvier 1990

Les experts écologistes

L'insouciance de "SOS-LV" à l'égard de l'Etat démocratique et l'imposante panoplie de ses entourloupes possibles est entièrement fonction de sa prédestination a tenir un rôle de garde-fou des excès de la machine sociale. Jusques au bout ils feront croire qu'en dernière analyse, ce ne seront pas les froids rapports de force qui régleront le conflit, mais le prestige médiatique et la "raison politique". Ils sont en train de se mouler dans la silhouette de l'interlocuteur de l'Etat, pour qui la préservation d'une nature déjà endommagée devient une raison supplémentaire de persuader les gens qu'ils ne peuvent plus régler eux ¬mêmes leur vie. Et la nature devient un appât politique fabuleux dans la mesure où elle apparait paradoxalement a beaucoup comme le dernier refuge possible contre une pression sociale à laquelle on ne peut plus échapper. Tous ces responsables préjugent toujours à notre place du meilleur parti à tirer des situations, de même qu'un barrage rend ce qu'il veut de la rivière qu'il barre. Le minimum, outre empêcher l'édification de nouvelles digues sociales, est de détruire celles qui existent.

A tous ceaux qui professent que la vie en societe releve d’une science compliquee, il faudra bien repliquer tot ou tard par le blocage de cette machine sociale qu’ils ont si savamment compliquée à l’ extrême. Fidele en cela a la vérité qui court dans toutes les convulsions sociales, la proximité de la libre discussion sur tout ce qui a été jusque la entoure de mystères, nous est, dans les zones modernisées, de plus en plus retirée: les désastres sont pourtant partout visibles, et malgré tout, la révolte induite par ce sentiment d'urgence lâche, elle-aussi, la proie pour l'ombre: sous prétexte de gagner a soi la population on lui tient un faux langage qui a finalement intériorise le rationalité de l'adversaire; alors que la force universelle qui met a mal les polices secretes les plus experimentes, et qui peut parfois tenir tète a une colonne de chars, conjugue la critique débridée avec le rejet de tout réalisme.

Roumanie

Selon la piu part des économistes a Bucarest, la Roumanie risque de connaitre une flambée d'inflation si I’ ensemble de la population ne se remet pas au travail rapidement. Au cours du week-end, le premier ministre, M. Peter Roman, avait qualifie la situation économique de son pays de « catastrophique « et, selon un responsable du commerce roumain, la production industrielle a gravement chute depuis la révolution. Les ouvriers sont apparemment davantage préoccupes par le débat politique, le renvoi des cadres de l'ancien régime et l'élection de nouveaux dirigeants que par le travail. Pour payer les salaires des employés de l'industrie dans les mois à venir, le gouvernement, ajoute-t-il, devra émettre des billets de banque sans contrepartie productive, ce qui attisera automatiquement l'inflation.

On croyait l'inquiétude diffuse si proche du moment de parler sans frein, par quoi seulement peut se concevoir d'immobiliser la fuite-en-avant de la machine sociale, qu'on n'en revient pas qu'elle puisse croire encore avoir besoin d'interprètes, et corollairement qu'elle puisse être contenue par les barrages mentaux édifies par la socialisation. Il est a souhaiter que dans la contestation écologique, de la même manière que dans les mouvements sociaux précédents (ceux de "l'émancipation ouvrière"!) apparaisse et cette fois se renforce la tendance a la passion critique, qui seule, fait vivre au présent, sans égard pour les calculs tacticiens, les finalités responsables par quoi l'ennemi entretient notre dépendance la tendance a la passion critique, qui seule, fait vivre au présent, sans égard pour les calculs tacticiens, les finalités responsables par quoi l'ennemi entretient notre dépendance et colonise notre future.

... Toute vérité nous parait bonne à dire, surtout dans la mesure où un ajournement du projet obtenu ainsi serait d'bord le triomphe de cet énorme mensonge qu'est le consensus.

Ce texte volontiers iconoclaste se présente comme rupture d'une charge affective, et comme désillusion face à la duperie écologiste dont nous avons été acteurs et victimes. C'est le rappel aux participants de toutes les luttes qu'on ne vainc pas le Moloch avec ses propres moyens. Nous espérons qu'il servira plus a exciter la réflexion des opposants de Serre de la Fare et d’ailleurs qu’a aiguiser la curiosité des flics.

Le Puy en Velay, 27 Janvier 1990

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"Les plus beaux chants sont les plus désespères."

A. de Musset

"Etre heureux, c'est pouvoir prendre sans effroi conscience de soi-même."

W. Benjamin

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